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Guide de référence

Calcul du reversement des ressources en EHPAD

Quand un résident bénéficie de l'aide sociale à l'hébergement (ASH), ses ressources sont reversées à l'établissement — mais pas en totalité, et pas selon une règle aussi simple que « 90 % ». Voici la formule complète, les déductions admises, et ce qui se passe en cas d'entrée ou de sortie en cours de mois.

Mis à jour le 5 août 2026 · Rédigé par l'équipe GestASH · Lecture : 9 minutes

Le principe : ce qui est laissé, pas ce qui est pris

C'est le contresens le plus répandu, et il coûte cher en erreurs de facturation. On lit partout que le résident « reverse 90 % de ses ressources ». La loi ne dit pas cela. L'article L132-3 du Code de l'action sociale et des familles raisonne à l'envers : il fixe ce qui doit rester au résident.

Concrètement, il doit lui être laissé :

Ces deux conditions se cumulent : c'est le plus favorable des deux qui s'applique. Pour un résident aux ressources modestes, 10 % de ses ressources peut tomber sous le plancher légal — c'est alors le plancher qui prime, et le reversement diminue d'autant. C'est ce que nous détaillons dans le guide dédié à l'argent de poche en EHPAD.

Pourquoi ça compte. Un établissement qui applique mécaniquement 90 % à tous ses résidents sur-facture les plus modestes et se retrouve en écart avec le relevé du Département. L'erreur est silencieuse : elle ne se voit qu'au rapprochement, souvent des mois plus tard.

La formule complète

Une fois l'argent de poche déterminé, le reversement s'obtient en retirant les charges que le résident continue d'assumer personnellement, et en ajoutant l'allocation logement, qui est affectée à l'hébergement.

  Total des ressources mensuelles
Argent de poche laissé au résident
Mutuelle / complémentaire santé
Frais de tutelle (participation MJPM)
Part réservée au conjoint resté à domicile
Déductions diverses
+ Allocation logement (APL / ALS)
= Montant à reverser à l'établissement

Le signe de l'allocation logement surprend souvent. Elle s'ajoute parce qu'elle n'est pas un revenu de subsistance : elle est destinée à couvrir le coût du logement. Elle augmente donc le reversement, et réduit d'autant la charge résiduelle du Département.

Ce qui entre dans « total des ressources »

Toutes les ressources du résident sont prises en compte : pensions de retraite de base et complémentaires, revenus fonciers, rentes viagères, revenus de capitaux. Quelques prestations en sont écartées, notamment la retraite du combattant et les rentes viagères constituées en faveur d'une personne handicapée.

Ce qui se déduit

DéductionNatureBase
Argent de pocheSomme minimale laissée au résidentCASF art. L132-3
MutuelleCotisation de complémentaire santéRèglement départemental (RDAS)
Frais de tutelleParticipation au financement de la mesure de protectionCASF art. R471-5-3
Part du conjointPourcentage réservé au conjoint resté à domicileRèglement départemental (RDAS)
Déductions diversesCharges admises au cas par cas par le DépartementDécision d'admission

Attention aux règles départementales. Les déductions admises, le pourcentage réservé au conjoint et le traitement des charges exceptionnelles relèvent du règlement départemental d'aide sociale (RDAS). Ils varient d'un Département à l'autre. Un établissement qui accueille des résidents relevant de plusieurs Départements applique donc plusieurs jeux de règles en parallèle.

Les frais de tutelle : un barème progressif

Lorsque le résident fait l'objet d'une mesure de protection juridique, il participe au financement de cette mesure. Cette participation se déduit des ressources avant reversement.

Le calcul suit le barème de l'article R471-5-3 du CASF. Il fonctionne par tranches successives sur les ressources annuelles — chaque taux ne s'applique qu'à la portion de revenus comprise dans sa tranche, exactement comme l'impôt sur le revenu. Les bornes sont indexées sur l'AAH et le SMIC brut annuel, et la participation mensuelle s'obtient en divisant le résultat annuel par douze.

C'est une source d'erreur classique en saisie manuelle : appliquer un taux unique à l'ensemble des ressources, au lieu de le décomposer par tranche, surestime nettement la déduction — et minore le reversement.

Le barème et ses bornes évoluent avec la revalorisation de l'AAH et du SMIC. Vérifiez toujours la version en vigueur sur Légifrance avant de contrôler un dossier.

Entrée, sortie, décès : la proratisation

Le mois où le résident entre ou quitte l'établissement, le reversement ne porte que sur les jours réels de présence.

Le point technique qui pose problème : on ne proratise pas le résultat final. On proratise chaque composante du calcul — ressources, argent de poche, mutuelle, frais de tutelle, part du conjoint, allocation logement — puis on arrondit chaque ligne au centime. Le total est ensuite la somme exacte de ces lignes arrondies.

Proratiser le résultat global donne un montant qui diffère de quelques centimes de la somme des lignes. Sur un bordereau, cet écart est un motif de rejet.

Le cas de la sortie en cours de mois

Beaucoup de Départements facturent l'hébergement « à terme à échoir » : le mois de sortie reste dû en entier, et la régularisation intervient le mois suivant sous forme de récupération négative. Un dossier de décès mal traité produit donc typiquement deux anomalies : une sur-facturation apparente le mois du décès, puis une ligne négative inexpliquée le mois d'après.

Exemple chiffré

Prenons une résidente âgée (PA), sous curatelle, dont le conjoint est resté à domicile. Le Département applique un taux d'argent de poche de 10 % et réserve 25 % des ressources au conjoint.

LigneMontantCommentaire
Retraite de base1 180,00 €
Retraite complémentaire340,00 €
Total des ressources1 520,00 €
− Argent de poche− 152,00 €10 % — au-dessus du plancher légal, c'est donc le taux qui s'applique
− Mutuelle− 68,00 €
− Frais de tutelle− 41,50 €barème R471-5-3 sur ressources annuelles
− Part du conjoint− 380,00 €25 % des ressources
+ Allocation logement+ 210,00 €affectée à l'hébergement
Reversement mensuel1 088,50 €

Si cette résidente quitte l'établissement le 12 du mois (12 jours de présence sur 31), chaque ligne est proratisée par 12/31 avant sommation — et non le total de 1 088,50 €.

Du calcul au contrôle : là où l'argent se perd

Calculer juste ne suffit pas. Le montant théorique doit ensuite survivre à trois confrontations, et c'est à ces jointures que les écarts apparaissent :

  1. Contre le relevé du Département. Le relevé de reste à charge (RAC) notifie ce que le Département a retenu. Un écart avec votre calcul signale une décision que vous n'avez pas intégrée : révision de ressources, changement de taux, régularisation rétroactive.
  2. Contre votre facturation. Le montant calculé doit se retrouver à l'euro près sur les bordereaux — celui au débit du résident et celui au débit du Département.
  3. Contre les encaissements. Un montant correctement facturé mais jamais encaissé reste une perte. Le suivi des restes à recouvrer, titre par titre, ferme la boucle.

Un tableur suit la première étape. Il tient rarement les trois, parce que chaque mois apporte des révisions rétroactives qui invalident les lignes des mois précédents.

Questions fréquentes

Un résident reverse-t-il vraiment 90 % de ses ressources ?

Pas exactement. La règle porte sur ce qui lui est laissé : au moins 10 % de ses ressources, et jamais moins de 1 % du montant annuel des prestations minimales de vieillesse. Les 90 % ne sont qu'un point de départ, duquel on retire encore la mutuelle, les frais de tutelle et la part du conjoint.

L'allocation logement se déduit-elle du reversement ?

Non, elle s'ajoute. L'APL ou l'ALS est affectée aux frais d'hébergement : elle augmente le montant reversé à l'établissement et diminue d'autant la charge du Département.

Que se passe-t-il le mois de l'entrée ou de la sortie ?

Le reversement est proratisé sur les jours réels de présence. Chaque composante est proratisée puis arrondie individuellement, pour que le total corresponde exactement à la somme des lignes du bordereau.

Les règles sont-elles les mêmes dans tous les Départements ?

Non. Le socle légal est national, mais les déductions admises, la part réservée au conjoint et le traitement des charges exceptionnelles relèvent du règlement départemental d'aide sociale. Un établissement accueillant des résidents de plusieurs Départements applique plusieurs jeux de règles.

Une personne handicapée relève-t-elle du même calcul ?

La formule est la même, mais le minimum laissé diffère : pour une personne handicapée accueillie en établissement, il est calculé en pourcentage de l'AAH, et non en pourcentage des prestations minimales de vieillesse.

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GestASH applique la formule complète pour chaque résident, tient compte des règles de votre Département, et confronte chaque mois vos calculs au relevé RAC, à votre facturation et à vos encaissements.